lundi 6 novembre 2017

Ma classe inversée

C'était en 2014, au congrès de l'Aquops, congrès auquel j'assistais pour la toute première fois, armée de mon Ipad tout neuf de ses 2 mois d'utilisation. Seulement 3 ans et demi se sont écoulés depuis, mais c'est comme si c'était une éternité. J'arrivais là-bas confiante et sereine, certaine d'être une techno-pédagogue émérite qui ne cherchait qu'à se mettre à jour dans l'utilisation de ce nouvel outil qu'était le Ipad. J'allais y prendre la plus mémorable des dégringolades et en ressortir de là complètement transformée !

C'était donc à ce congrès auquel j'assistais, à l'atelier choisi par dépit et ciblé pour les enseignants du 3e cycle avant tout, que j'ai fait la rencontre qui a changé ma pratique et une bonne partie de ma vision de l'enseignement. C'est là que j'ai rencontré Éric Tremblay et Karine Riley. C'est là que j'ai découvert la classe inversée. C'est là que j'ai su que je pouvais faire beaucoup plus avec les TIC. C'est là que j'ai réalisé que j'étais à des années-lumières d'être à jour dans ma pratique. C'est là que j'ai pris une débarque des plus grandioses. 

Je pense que si on avait filmé mes réactions pendant cet atelier, on aurait bien rigolé; surprise, étonnement, incrédulité, questionnement, euphorie, motivation, excitation... et encore ça c'était seulement ce qui était visible sur mon visage. Mon cerveau et mon imagination étaient en transe. Je n'avais qu'une idée en tête: adapter cette façon de faire pour des élèves plus petits, pour MES élèves !

Aussitôt de retour chez moi, je me suis mise à la création de capsules d'enseignement et ai fait des recherches sur la classe inversée. C'est là que j'ai découvert que cette façon d'enseigner était plus populaire en France et que nos cousins avaient beaucoup à nous partager à ce sujet. Après plusieurs lectures de blogues, visionnement de vidéos et échanges Twitter avec des enseignants, j'ai pu déterminer mes critères d'utilisation et mettre en place la classe inversée avec mes élèves de 3e année. 

Avec le temps et l'expérience, mes façons de fonctionner ont changé, ont évolué, se sont adaptées et modifiées. C'est ce résultat que je vous présente aujourd'hui. 

C'est la création de ma chaine YouTube et des capsules adaptées aux apprentissages de début de cycle qui a pris le plus de temps. Par contre, une fois que c'est fait, rare sont les fois où je sens le besoin de recommencer une capsule. De plus, avec le temps, j'ai découvert des collègues merveilleux qui, bien qu'à des niveaux supérieurs, font  des capsules merveilleuses que je peux utiliser avec mes élèves. Pour jeter un oeil à ces petites créations, allez faire un tour sur ma chaine YT.


J'utilise ces capsules principalement pour deux choses; amorcer une nouvelle notion avec les enfants ou réviser une notion déjà travaillée en classe. Dans ce deuxième cas, la capsule est envoyée à la maison avec quelques questions de pratique, ce qui permet aux parents d'assurer un suivi et de voir où nous en sommes dans nos apprentissages. Pour la découverte des nouvelles notions, la capsule s'écoute soit à l'école, soit à la maison, et s'accompagne toujours de la création d'une carte conceptuelle. Cette carte sert avant tout à résumer sa pensée, à faire des liens entre les concepts et à s'assurer de la compréhension de la notion. Naturellement, un enseignement stratégique de la fabrication d'une telle carte est nécessaire dès le début de l'année. 



Deux exemples de cartes conceptuelles créées par mes élèves à partir d'une capsule


Le visionnement des capsules se fait toujours via ChallengeU, une plate-forme très utile pour regrouper vidéos, documents, exercices et réflexions. C'est la façon la plus simple et la plus sécuritaire que j'ai trouvée pour partager mes capsules. De plus, cela permet également d'y joindre des questions-exercices afin de valider l'apprentissage du concept. Pour réaliser cette étape de validation du concept, en plus des séquences d'activités ChallengeU, j'utilise aussi des activités LearningApps, des quiz Kahoot, des activités sur papier et des situations d'application en maths. 

Lors de la réalisation de ces activités, la participation active des élèves est nécessaire pour réussir à construire efficacement le concept étudié. J'en profite alors pour faire des cliniques en sous-groupes pour soutenir les plus faibles, ainsi que des duos d'élèves pour favoriser le travail d'équipe et le soutien par les pairs. De cette façon, tout le monde est impliqué activement dans le processus et peut soit demander de l'aide, soit jouer un rôle d'expert pour expliquer à un autre élève.

Vient ensuite, une période de consolidation et de création. C'est à ce moment que je laisse les enfants créer leur propre capsule, fabriquer une affiche explicative, inventer un jeu ou tout autre projet qui les intéresse, pour partager leurs apprentissages avec les autres. Cette étape essentielle est la plus intéressante, car elle permet de découvrir de petits bijoux ainsi que de faire appel à la méta-cognition des enfants pour valider si l'apprentissage du concept est bien acquis.

Voici des exemples de créations:









Travailler en classe inversée demande beaucoup d'organisation et nécessite de repenser ses priorités pédagogiques. Les échanges, le travail d'équipe, la création de capsules et d'activités ne peuvent se faire dans une classe complètement silencieuse où chacun fait son travail de façon individuelle. Pour obtenir tous les bienfaits de la classe inversée, il faut permettre aux enfants d'être plus engagés et actifs dans leur démarche d'apprentissage, de questionner et de s'entraider, de créer sans barrière de style, de faire des erreurs, de recommencer et surtout d'apprendre à leur propre rythme. Le tout ne se développe pas du jour au lendemain, ni pour l'enseignant, ni pour les enfants. Il faut y aller un pas à la fois et se réajuster dans la façon de faire, dans la fréquence, dans les modalités, dans ses attentes et dans ses besoins. 

Ma classe n'est pas complètement inversée et c'est parfait pour moi ainsi. Je peux alors toucher tous les styles d'apprentissage et développer le potentiel de tous mes élèves. Certaines notions sont plus simples à enseigner en inversée alors que d'autres demandent une petite leçon de ma part ou des exercices plus conventionnels. Comme dans tout, l'excès n'a pas sa place et il faut savoir s'adapter.

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